Nicène Kossentini

Memorising
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Nicène Kossentini (Tunisia, 1977) continues to explore the social and political dimension of culture. For Memorising, the artist prepared a series of works based on texts by Arab philosophers, thinkers and poets, such as Ibn Khaldun or Khalil Gibran. The calligraphic texts here disappear in an exercise of miniature writing that makes the reading complex and the meaning impossible: works in which famous quotes are intertwined, poems are superimposed, or history texts are dissolved in water. Nicène questions not only the liquid aspect of culture and tradition, but also the concepts of identity, civilization and history. How does a civilization survive and evolve when tangible knowledge becomes unintelligible?


In the words of the historian of Al-Andalus and father of political sociology Ibn Khaldun (1332-1406): "Language is one of the facets of thought." For Kossentini, the gesture of writing is assimilated to the construction of a thought, a time that stretches, a diluted content. The artist poses a contemporary and universal problem: the loss of the meaning of words, and likewise the loss of knowledge. “While I was studying, there came a time when I became aware of a breakdown. All my learning, the literary and poetic heritage that had been transmitted to me, seemed unrelated to my present” explains Kossentini. The artist explores this feeling, from which her practice becomes a process of investigation of language, its form and its meaning. Far from a demagogic debate, the artist is interested in the protagonism of the container versus content (form versus meaning), in a society where the contemplation of the visual distracts from the importance of meaning.


Nicène Kossentini carefully selected illustrious text fragments, turning them into a landscape of unintelligible characters, even for anyone with knowledge of Arabic script. The manuscripts leave room for a landscape of diluted letters, according to philosopher and art critic Christine Buci-Glucksman: «The thought of the line, its absence in the presence, has invaded everything; past of an illegible writing-memory and present of a floating, indecisive landscape. A nothing about nothing that becomes everything.»


Kossentini's exhibition is summarized in an abstract landscape where knowledge becomes the natural element of a civilization, something that grows and mutates organically and unconsciously. In the rise of political and social issues, such as the crisis of identities, the artist invites us to reflect on a state of constant loss: of time, of knowledge and of the possibilities for the individual to act in the present and be an actor of the future.

Nicène Kossentini: Les temps de l'art
Christine Buci-Glucksmann

Je voudrais analyser ici, dans le cadre de cette exposition Fugitive de la Casa Arabe, les temps de l’art dans l’oeuvre de Nicène Kossentini. Un temps pluriel fait de mémoire, d’oublis et de traversées multiples, qui dessine une véritable esthétique de l’éphémère et de la fluidité.


En effet dans le cadre de la mondialisation, on a assisté à une modification du statut des images qui transforme tous les arts. Aux deux régimes de l’image analysés par Gilles Deleuze : l’image-action et l’image- temps, on a assisté à la naissance et à la multiplication de ce que j’ai appelé « l’image-flux ». Fluide, au présent et pourtant archivée, elle devient inséparable d’une esthétique de l’éphémère. Un éphémère qui n’est pas l’instant comme coupure du temps .Mais bien le passage du temps, sa modulation devenue sensible dans tous les entre-deux de la vie et de la création (1). 


Encore faut-il distinguer deux modalités de l’éphémère. Un éphémère mélancolique, celui d’Hamlet, du spleen baudelairien et de toutes les mélancolies de l’art. Et un éphémère positif, cosmique et nietzschéen, proche de ce qu’on appelle mujô au Japon : l’impermanence. Celle fragilité de toutes choses ouvre sur l’hétérogène, le multiple, et toutes les matières de l’absence. Elle se saisit du temps comme un moment opportun (le kairos grec) ou « l’à propos » d’un Montaigne. Dès lors, elle accueille le fluctuant, le flottant, le fugitif comme force d’art. Tel est le temps de l’art de Nicène Kossentini : une pensée de l’errance et de la relation où les enracinements sont solidaires et les racines des rhizomes. Car entre la Tunisie, son pays, et la France, l’Algérie, le Barhein, et Cordoue aujourd’hui, Nicène Kossentini explore les entre-temps des cultures avec leurs temporalités distinctes.


Dans cette optique, je voudrais distinguer trois temps dans son travail : 

1) Le temps de la mémoire et de l’enfance, entre apparition et disparition. 

2) le temps de l’envol et de la liberté qui répond à notre livre : L’envol du papillon ou le mythe d’Icare revisité, et à l’exposition de Sidi Bou Said à la Galerie de Selma Feriani (2014).

3) les temps croisés de Fugitive à Cordoue qui nous propose une interprétation plastique complexe de l’art d’Al Andalus et des « matières de l’absence ». Ce qui fait trace et signe, et retrouve ce que Freud appelait « la passagèreté ». 



      Traversées du temps, entre apparition et disparition.


Revenir (2006) :

Une vidéo avec des photos de famille des années 50 et au milieu, une trouée d’ombre, une silhouette inconnue. Du passé comme un temps perdu où l’inaperçu se révèle. 


Boujmal, l’oeil infantile de la mémoire :

A côté de Sfax le grand-père conduisait sa petite-fille près d’un étang. Un temps autre, un hors temps, comme cet étang cristallin avec son faux horizon. Car « l’infantile est sans âge » (J.B. Pontalis). Et partout, une altérité précaire, tels ces visages légers et quasi aquatiques barrés de faux signes arabes : Sihem, Fatouma, Salima, Emma, Fatma, Khadija et les autres. 

      

Dans toutes ces œuvres, on retrouve le temps incertain de la mémoire. Une mémoire de l’effacement où tout flotte, loin et pourtant près, comme une quête d’origine entre souvenir et oubli. Un retrait et une distance à soi, un goût pour les paysages d’eau et de ciel que l’on retrouvera dans toute l’oeuvre de Nicène Kossentini. Et tout particulièrement dans la série de photographies : The city of the sky, réalisée au Bahrein. Une ligne d’horizon minimal, des maisons blanchies noyées entre ciel et eau. Un vide qui délocalise totalement la ville 


Au fond, un œil-paysage, proche du Aïn arabe - la source, le vide, l’essence-qui dessine une première cartographie affective, son territoire mental.   



        Le temps de l’envol et de la liberté.


Un jour, un papillon blanc pénètre dans sa loggia, volète indéfiniment et meurt. Et c’est précisément ce papillon qui servira de point de départ à son exposition à la Galerie Selma Feriani et à notre rencontre, qui prendra la forme d’un livre : L’envol du papillon ou le mythe d’Icare revisité. 


Le papillon a toujours été la métaphore de la légèreté et d’une liberté fragile. Et l’on ne compte plus les œuvres s’y référant : tableaux classiques des Vanités, papillon séché de Picasso, Rêve du papillon de Benjamin Perret hybrides de Miro ou plus récemment Damien Hirst . Une sorte d’allégorie de la liberté que Nicène Kossentini va explorer à travers de nombreux médias : photos, vidéo, sculpture. Un œil icarien, comme je l’avais développé dans mon livre, L’œil cartographique de l’art.


Icare, désobéissant à l’interdit paternel, refuse les limites humaines et cosmologiques pour pratiquer la liberté totale de l’errance. Il se brûlera les ailes à l’approche du soleil et tombera dans la mer. Un trajet qui ouvre un nouvel espace au regard et à l’art, entre l’humain et l’inhumain. Un regard non perpectiviste, un regard cosmique dans l’air et les flots. Le regard même de l’éloignement. A travers ce mythe d’Icare revisité, le papillon est alors un traversant, un objet furtif en apesanteur, tout à la fois rapide errant, et fugace.


Dès lors, entre défi et risque, entre envol et chute, il devient un motif cristallin au sens de Gilles Deleuze. « La coalescence d’une image actuelle et de son image virtuelle ». Perdu dans le vide du ciel des photos, il est là, ailes repliées dans l’immense sculpture transparente au sol. Une sorte d’allégorie de la beauté, figée dans son élan, qui ouvre à ce temps de l’errance, « The errant moment » de Fugitive


   

Fugitive ou les temps croisés : Casa Arabe, 2016 . 

  


Vous êtes donc à Cordoue dans la Casa Arabe, cette maison mudéjar aux multiples patios, et vous découvrez l’exposition de Nicène Kossentini, Fugitive. La fuite, l’errance, mais aussi le voyage et la traversée. Et c’est bien cette traversée de et dans l’art d’Al Andalous que vous explorez, dans une sorte d’Orient second avec ses dessins légers à l’aquarelle et sa vidéo. 


L’art islamique renvoie à des traits et des valeurs spécifiques, couplant des motifs décoratifs, dont trois principaux. Le géométrique des polygones triangles et carrés. Le floral et le végétal très présent dans l’art omeyyade. Et le calligraphique, lisible ou illisible, couvrant les murs d’écriture coranique. Ces

motifs dessinent tous une unité cosmique d’entrelacs, d’arabesques, avec des cartouches fermées, des plans-sections et une insertion architecturale très forte. Toute une esthétique de l’ornement comme l’a analysé Oleg Grabar, qui finit par éliminer l’aspect référentiel au profit de l’intermédiaire visuel et de la beauté. Car ici, à Cordoue, dans Mesquita des Omeyyades transformée en Cathédrale, on comprend à quel point les ornements idéalisés, démultipliés, transfigurés sont des ornements de l’Idée. Et donc du sacré, comme la forêt des colonnes à l’infini, ou le Mirhab avec sa coupole décorée en polygone. Dès lors, comment travailler sur cet art toujours situé entre mouvement et éternité ?

   

Vous arrivez dans la grande salle et vous regardez The Errant moment. Les polygones de la géométrie d’Al Andalus se séparent, se sur-impriment et tombent, très légers, en nouveaux motifs Comme si la géométrie initiale, très complexe, se défaisait, pour mieux montrer les intervalles et le vide que le sacré avait supprimé. Une errance, le temps double de l’errance, qui vous restitue paradoxalement l’effet visuel de l’original et ses processus. Dans ces bleutés quelque peu délavés de l’aquarelle, le passé est là, présent absent. Dans d’autres motifs plus circulaires, une même composition –recomposition, avec ces couleurs claires qui nous ramènent toujours à l’origine, au temps de l’autre. Ce temps de la gloire Omeyyade de Cordoue, le temps des trois cultures qui a fait son rêve et sa splendeur. 


En réinventant une sorte d’image en négatif, ces œuvres parcourent une poétique du lieu et créent un décoratif fluide et aérien, qui peut même recouvrir des pages de manuscrit comme dans le Diptyque Rawq al-Hamanah (Le collier de la colombe). 


Au départ deux pages du manuscrit du Collier de la colombe d’Ibn Hazm, un des plus beaux textes de la culture arabo-andalouse. Ibn Hazm, le poète de Cordoue, le poète engagé, défenseur des Omeyyades et de sa ville mise à sac par la conquête berbère, connut une vie tragique. Perte de sa maison, de ses repères, souffrances et exil à Majorque : « Je suis parmi les vivants mort de chagrin et la tristesse m’a enseveli de ce monde ».


En dépit de tout, il écrira ce Collier de la Colombe, un traité sur l’amour dans la tradition arabe du Livre de la fleur. Amour du premier regard et de la rencontre, mais aussi amour de fidélité. 


Nicène Kossentini reprend deux pages de ce manuscrit, laissées dans leur format, et mises en diptyque. Recouvert de traces d’encre brique -rouge qui créent un nouveau moucheté, le manuscrit laisse place à un paysage de vagues, avec ça et là, des bribes d’écriture. La pensée de la trace, cette musique et cette absence dans la présence, a tout envahi. Passé de l’écriture-souvenir illisible et présent d’un paysage flottant, indécis. Un rien sur rien qui devient tout. 


Des lors, entre paroles et silence, la vidéo Poem revient sur ce temps double qui hante le travail de Nicène Kossentini. Sur une mer quasi statique, une bouche tente vainement d’articuler les limites du son et du sens, tout comme le diptyque montrait la matière présente-absente de l’écriture. Un espace incertain qui ouvre le temps. Un temps hors du temps, créateur de multiplicités plastiques et conceptuelles qui s’emboitent, se mêlent et s’entrelacent pour mieux atteindre la zone limite du désêtre d’un inconscient intime et culturel. De l’esthétique comme éthique en somme. 


Dans un monde d’images omniprésentes et de mondialisation libérale, le temps de l’art finit par habiter ces nouveaux possibles de l’imaginaire que sont les passages de cultures, leurs intersections, leurs traces et leurs présences. Un temps multiple, diffracté, entre dissolution et recomposition. Un art du temps, conjuguant l’Autrefois et le Maintenant en un éclair, le moment errant où surgit une esthétique de l’éphémère. Partagé entre émerveillement et perte, cet éphémère est celui de l’art comme de la vie. Fugitive donc.


Fugitive
Clelia Coussonnet

Her second show at the gallery, Fugitive includes a video, “The Poem”, and marks a return to drawing and to aquarelle. Several of those pieces borrow from Islamic geometry and architectural patterns’ aesthetics as the artist spent time in Córdoba’s red and white double-arched Great Mosque, while on a residency in Casa Árabe, Andalucía. Far from exploring Islamic design legacy or from delving into Al-Andalus ornamental structures from a theoretical point of view, Kossentini uses them formally only and pursues her existential quest instead by questioning the contradictions and fluidity of life and memory.


Inspired by the liquid aspect of water, the works in Fugitive are embedded in movement and in introspection; created through a very immersive process, they speak of continual change, absence and loss. If we think some scientists assert water – as a living element – records memories thanks to vibrations, the pieces in the exhibition might well echo that idea. In them, water gathers and isolates; it keeps and rejects. As a result, both the video and the drawings are in a state of flux. They can be read alone or together as they resonate in unison as an unknown musical score. Against the tide of her usual creative process, starting from concepts, Kossentini has chosen to follow her intuition freely by drawing first, as a necessity.


The diptych “Tawq al-Hamamah” (The Ring of the Dove) is a copy of an excerpt from the eponymous treatise of love written around 1022 by great thinker Ibn Hazm of Córdoba – one of the artist’s favourite book, and an example amongst others of her passion for Arabic literature, poetry and philosophy. On soaked papers, that respect manuscripts’ format by maintaining a large margin on all sides, Kossentini lets her brick-red ink run until it slides. The gesture gets blurred, as if a whispering wind had scattered the letters and language, otherwise constrained on the fringe of the text. The dust tempest lashing the treatise copy reveals poetic landscapes of waves and hills. The two new drawings recall previous pieces investigating the limits of writing as well as the complexity of communication, like “Shakl”, “Rasaîl” or, more recently, “Infinitésimal”.


Even if the script seems alive – almost breathing, it is indecipherable and mysterious. Getting closer, one realises words stand out, but still ... their meaning is impenetrable. Can we share our intimacy through speech and writing? Is language enough? A tremendous sensitivity emanates from this diptych that requires the audience to focus and observe the text with accuracy, confronting us with the borders of communication and with the gaps between significance and interpretation.


The video “The Poem” addresses the paradox of expression, including the subtle links between orality – spoken word – and silence. Superimposed over a static shot of the sea, a mouth utters something unintelligible. The voice is lost despite the lips moving and clenching, replaced by the raw sound of ebb and flow. Somehow the regular pace of thismelody lulls the viewer while a sensation of oppression arises simultaneously. The impossibility to say and articulate is complemented by the inability to listen – as was the case in the older photographic series “What the water gave me” centred on lips babbling under liquid.


However, a shift is progressively felt in “The Poem”; along with this issue, another preoccupation emerges through the motif of water: refugees’ fate. For Kossentini, turning to the sea is a means to explore the migratory experience from the perspective of

homeland loss. She is drawn by the ambivalence of the ‘opposite bank’: if water saves and promises a new life, it also erases and swallows the old existence. The crossing becomes inseparable from estrangement, alienation and distance. The sea turns into an epitome of rupture, a place where memories of an individual and collective identity and culture disappear or drown, losing their voice and expression. Hence, the image of a submerged mouth: struggling to find its way, and ready to escape. The tides’ noise transmits this process of dilatation that comes with exile.


Loss and movement are a common thread and mark the drawing series “The Errant”. Avoiding the risk of imitation or arabesque, Kossentini borrows from Islamic geometry to ponder on cohesion and separation, on concentration and dispersion through patterns weaved as body cells. Complex squares, circles, stars, and polygons inhabit her organic aquarelles, from delicate blue-grey shades, to green and brick-red again, as a nod to the colours of the arches of Córdoba’s Great Mosque. A striking feature of her vibrating combinations is the preservation of the initial outlines. In this, Kossentini contemplates the acts of creating and undoing, as cycles without beginning or end, and as processes unravelling like a journey. Contrasting with the mathematical conception of Al-Andalus adornments, one tied to finiteness and rigour, the artist exposes fluid surfaces in motion, over a soft preliminary sketch. The intricate tessellations they form are shattered and boundless. Maybe these infinite possibilities mirror life movements? Whereas the divine is entrenched in Islamic architectural structures, accompanying reflections on the cosmos and unity, Kossentini does not touch on this directly. She is more interested in playing with order and disorder, with meeting and bursting, as embodied in “The Errant / Moment 3”. Her drawings revolve around ambiguity; they suggest zones of encounter and friction, like magnets attracting and repelling each other (“The Errant / Moment 1”).


If, visually, Fugitive could puzzle the connoisseurs of Kossentini’s work, a strong filiation exists with her other series. As always, she prioritises slowness and patience; concentration and seeing. The fact she resorts to repetition so often requires a real effort to read between the lines: there is what we perceive, what we decipher and, more importantly, what we surmise. Indeed, the underlying invisible fragments and the imaginary leeway she offers might precisely well be the most fundamental components of her works. She triggers our capacity to delve behind the surface, especially as most of her pieces are set out of a clear temporality, in a unique space-time continuum. Floating as if eternal – both light and intense – her minimalist creations point to the essential and try to capture what is fleeing, changing or disappearing. But can we grasp movement? The title of the exhibition hints at this, as the space installation does. In Fugitive, the aquarelle drawings “Tawq al-Hamamah” and “The Errant” are shown unframed and in suspension, maintained between nails and magnets, generating a depth reflecting Kossentini’s intimate and existentialist interrogations and concerns.

Fugitive
Clelia Coussonnet

Fugitive, su segundo show en nuestro espacio incluye el video "The Poem", e implica un regreso al dibujo y la acuarela. Algunas de estas piezas retoman la geometría islámica y la estética de su ornamentación arquitectónica, ya que la artista pasó algún tiempo en laGran Mezquita de Córdoba, con sus dobles arquerías rojas y blancas durante su residencia en Casa Árabe, Andalucía.


Lejos de explorar el legado del diseño islámico, o de indagar en las estructuras ornamentales andalusíes desde un punto de vista puramente teórico, Kossentini utiliza estos elementos únicamente de manera formal, y prosigue su búsqueda existencial en lugar de interrogarse acerca de las contradicciones y la mutabilidad de la vida y la memoria.


Inspiradas por el aspecto líquido del agua, las obras que integran Fugitive están ubicadas en el movimiento y la instrospección: creadas a través de procesos extremadamente inmersivos, hablan del cambio contínuo, de la ausencia y la pérdida. Si pensamos en cómo algunos científicos definen el agua -como elemento vivo- registros de la memoria a través de vibraciones, las piezas que componen el show insisten en esta idea. En ellas, el agua se reúne y se aísla. Conserva y rechaza. Como resultado, tanto el vídeo como los dibujos se encuentran en un estado de cambio constante. Pueden ser leídos por separado o en conjunto ya que resuenan al unísono como una partitura musical desconocida. Contra la tendencia de su habitual proceso creativo y comenzando por los conceptos, Kossentini ha elegido seguir su intuición libremente a través del dibujo, como una necesidad.


El díptico “Tawq al-Hamamah” ("El Collar de la Paloma") es copia de un fragmento del tratado epónimo sobre el amor escrito hacia 1022 por el filósofo Ibn Hazm de Córdoba – uno de los libros predilectos de la artista, y un ejemplo de su pasión por la poesía, la literatura y la filosofía árabe. En estos papeles, que respetan el formato de los manuscritos manteniendo un amplio margen en todo el papel, Kossentini deja que su tinta de color rojo ladrillo corra hasta deslizarse. El ademán se hace confuso, como si un viento susurrante hubiera dispersado las letras y el lenguaje, de otra manera restringido a los márgenes del texto.


La tempestad de polvo que azota la copia del tratado revela paisajes poéticos de olas y colinas. Los dos nuevos dibujos evocan piezas anteriores que indagan acerca de los límites de la escritura así como sobre la complejidad de la comunicación, como “Shakl”, “Rasaîl” o más recientemente, “Infinitésimal”.


A pesar de que la escritura parece viva, casi con aliento, se mantiene indescifrable y misteriosa. Al aproximarse uno percibe palabras que destacan, pero inmóviles. Sus significados son impenetrables. ¿Podemos compartir nuestra intimidad a través del discurso y la escritura? ¿Es el lenguaje suficiente? Una sensibilidad extraordinaria emana de este díptico que invita al espectador a concentrarse y observar el texto con precisión, confrontándonos con los límites de la comunicación y con los espacios latentes entre significado e interpretación.


La paradoja que entraña la expresión, que incluye los sutiles vínculos entre la oralidad -la palabra hablada- y el silencio, está canalizada en el vídeo “The Poem”. Superpuesta sobre una toma estática del mar, una boca emite algo ininteligible. La voz se pierde a pesar del movimiento y la contracción de los labios, sustituida por el sonido puro del ciclo de la marea. De alguna manera el ritmo habitual de esta melodía apacigua al espectador mientras un sentimiento de opresión surge de manera simultánea. La imposibilidad de decir y articular se complementa con la incapacidad de escuchar, al igual que en las anteriores series fotográficas “What the water gave me”, centradas en labios balbuceantes bajo un líquido.


Aún así, se percibe un desplazamiento progresivo en “The Poem”; junto con esta cuestión, otra preocupación emerge a través del tema del agua: el destino de los refugiados. Para Kossentini, recurrir al mar es un medio para explorar la experiencia

migratoria desde la perspectiva de la patria perdida. Le interesa la ambivalencia de la ‘orilla opuesta’: si el agua salva y es promisoria de una nueva vida, también erradica y engulle la existencia anterior.


La travesía se convierte en inseparable del alejamiento, la alienación y la distancia. El mar se torna un epítome de ruptura, un lugar donde el recuerdo de una identidad y cultura individual y colectiva desaparece o se ahoga, perdiendo su voz y su expresión. De ahí la imagen de una boca sumergida: con dificultades para encontrar su camino, y lista para la huída. El ruido de las mareas transmite este proceso de dilatación que implica el exilio.


La pérdida y el movimiento son un hilo común y marca de la serie de dibujos “The Errant”. Kossentini evita el riesgo de la imitación o el arabesco, tomando prestada de la geometría islámica para reflexionar sobre la cohesión y la separación, sobre la concentración y la dispersión a través de patrones entrelazados como células corporales. Cuadrados complejos, círculos, estrellas y polígonos habitan sus acuarelas orgánicas, desde los delicados tonos gris azulados, al verde y el rojo ladrillo de nuevo, como gestode alusión a los colores de las arquerías de la Mezquita de Córdoba. Una característica llamativa de sus combinaciones vibrantes es el mantenimiento de los contornos iniciales. Aquí Kossentini contempla los actos de creación y ruina como ciclos sin comienzo ni fin, y procesos desenmarañados como un viaje. En contraste con la concepción matemática andalusí de la ornamentación, uno está sujeto a la finitud y el rigor, la artista se expone a superficies fluidas en movimiento, sobre un boceto preliminar ligero. El teselado intrincado que se forma está desmenuzado y es ilimitado. ¿Puede suceder que este infinito posibilite los movimientos del espejo de la vida?. Mientras que lo divino está arraigado en las estructuras arquitectónicas islámicas, integrando reflexiones sobre el cosmos y la unicidad, Kossentini no roza esto directamente. Está más interesada en plantear el orden y el desorden, con confluencias e irrupciones, como las que se encarnan en “The Errant / Moment 3”. Sus dibujos giran en torno a la ambigüedad, sugieren zonas de encuentro y desavenencia, como imanes que se atraen y repelen unos a otros (“The Errant / Moment 1”).


Si visualmente, Fugitive podría desconcertar a los conocedores de la obra de Kossentini, existe un nexo real con el resto de su obra. Al igual que siempre, prioriza la lentitud y la paciencia, la concentración y lo visual. El hecho de que recurra a la repetición requiere a menudo de un esfuerzo real de leer entre líneas: está lo que percibimos, lo que desciframos, y, más relevante, lo que conjeturamos. De hecho, los fragmentos invisibles subyacentes y el margen imaginario que ofrece, deberían ser precisamente los integrantes fundamenteales de sus obras. Kossentini desencadena nuestra capacidad de ahondar bajo la superficie, ya que la mayoría de sus piezas se presentan con una clara temporalidad, en un continuum espacio-tiempo único. Flotando como si fueran eternas -luminosas e intensas - sus creaciones minimalistas apuntan a lo esencial e intentan capturar lo que está huyendo, cambiando o desapareciendo. Pero, ¿podemos captar el movimiento? El título de la exposición ofrece un indicio para este enigma ya que el espacio de instalación lo hace. En Fugitive, los dibujos en acuarela “Tawq al-Hamamah” y “The Errant” son expuestos sin marco, suspendidos, sujetos entre tornillos e imanes generando una profunda reflexión en torno a las preocupaciones y cuestionamientos existencialistas e íntimos de Kossentini.